La capoeira est un art martial afro-brésilien qui puise ses racines dans les méthodes de combat et les danses des peuples africains du temps de l’esclavage au Brésil. Elle se distingue des autres arts martiaux par son côté ludique et souvent acrobatique (La capoeira est un mélange de danse et de style de combat, la danse cachant ainsi le caractère de combat, nettement utilisée par les tribus sous l’esclavage afin de masquer la violence de la danse). Les pieds sont très largement mis à contribution durant le combat et les « joueurs » prennent souvent position en équilibre sur les mains pour effectuer des mouvements de jambes.

De formes diverses, la capoeira est jouée à différents niveaux plus ou moins près du sol et plus ou moins rapidement, accompagnée le plus souvent par des instruments, des chants et des frappements de mains. Une forme très analogue, aussi bien dans les gestes que dans les rythmes, est connue et pratiquée dans tout l’océan Indien sous le nom de Moringue depuis plusieurs siècles.

Il n’y a pas de date précise quant à la naissance du maculelê, tout comme pour la Capoeira. D’ailleurs, les origines du Maculelê restent obscures, si ce n’est qu’il serait apparu, comme la Capoeira, lors de l’esclavage d’Africains au Brésil. Certains disent que le Maculelê a été développé par les esclaves afin d’esquiver plus facilement les coups de fouet de leurs maîtres ; d’autres prétendent que cette danse a été créée afin de rendre la découpe des cannes à sucre plus ludique, chaque esclave effectuant son travail en dansant.

 

 

 

 

 

Étymologie : Quelle est l’origine du mot Capoeira ?

On ne connait pas catégoriquement l’origine du mot « capoeira », plusieurs théories revendiquent son origine. Il viendrait de la langue des indiens Tupi-Guaranis et signifierait « clairière » ou « herbe rase », les esclaves en fuite auraient souvent été aperçus en train de s’entrainer dans ce type de lieu pour se défendre des maîtres qui voudraient les récupérer.

Autre version : en portugais, « capoeira » désigne le poulailler ainsi que le panier en osier dans lequel on transportait ce type de volatile. Les esclaves allant au marché vendre les animaux dans leur panier en osier en profitaient pour pratiquer ce balbutiement de lutte et ce serait ainsi qu’aurait été baptisée la capoeira par transposition avec la marchandise que leurs pratiquants transportaient.

 

Histoire

Il est très difficile de décrire en détail la genèse de cet art martial puisqu’il est né dans la clandestinité et donc n’a laissé quasiment aucun document pour raconter son histoire. Certains voient la capoeira comme totalement africaine car tout ce qui la constitue existe, ou aurait existé, sous une certaine forme en Afrique. D’autres pensent qu’elle est totalement brésilienne puisque née sur le territoire du Brésil bien qu’ayant pour créateurs des esclaves venant d’Afrique.

Cependant la version la plus communément admise est qu’elle est inextricablement afro-brésilienne : pendant l’esclavage au Brésil dès le XVIe siècle, les portugais ont séparés et mélangés différentes tribus africaines pour diminuer les risques de révoltes, différentes populations se seraient retrouvés en contact et de ce regroupement hétéroclite serait né la première forme de capoeira, association de luttes et traditions africaines dans un contexte de société coloniale portugaise au Brésil.

La capoeira exprimerait une forme de rébellion contre la société esclavagiste, les premiers capoeiristes s’entrainaient à lutter en cachant leur art martial sous l’apparence d’un jeu ; ainsi quand les maîtres approchaient, le caractère martial était déguisé par la musique et les chants, le combat se transformait promptement en une sorte de danse qui trompait leur méfiance et leur empêchaient de voir caractère belliqueux de la capoeira. Elle aurait été aussi pratiquée dans les « quilombos », refuges secrets d’esclaves en fuite pour échapper à leur tortionnaires. Le plus connu, « O Quilombos dos Palmares » a tenu plus d’un siècle et a fait l’objet de nombreux chants et son représentant le plus célèbre, Zumbi Dos Palmares est une des figures de la résistance des esclaves africains.

La capoeira traduirait également une forme de langage corporel : les premiers esclaves parlant différentes langues l’auraient créé également comme une sorte vecteur de communication entre les différentes cultures. Ce sont les explications les plus souvent émises, de nombreux historiens ont cherchés à expliquer les circonstances de la naissance de la capoeira mais il semble impossible de le faire d’une manière formelle et tangible.

Capoira ou la danse de la Guerre par Johann Moritz Rugendas

De mieux en mieux connue et définie au cours de l’histoire du Brésil, elle survivra jusqu’à l’indépendance du Brésil en 1822 et l’abolition ( officielle ) de l’esclavage en 1888 mais elle reste tout de même mal vue par l’autorité qui la considère comme dangereuse et l’interdit en créant dès 1890 un délit punissant ceux qui se rendent coupable de capoeiragem : la pratique de la capoeira. Pratiquée notamment par les brigands et malfrats en tout genre, réunis en bandes rivales appelés maltas de capoeira, la capoeira se pratiquait clandestinement dans la rue et les « capoeiristas » ou « Capoeira » causaient des désordres car ils l’utilisèrent régulièrement pour régler leurs comptes dans des affrontements sanglants.

Dans les années 1930, Manuel dos Reis Machado plus connu comme Mestre Bimba fonde la première école de capoeira qu’il appelle le « Centro de Cultura Fisica e Capoeira Regional » à Salvador de Bahia et créé le style de capoeira que l’on nomme « Capoeira Regional ».

 

Ce fait est singulier car à l’époque la capoeira ne s’apprend que dans la rue et dans le vif, s’entrainer à la capoeira dans une salle avec des entrainements codifiés ( dont notamment les fameuses huit séquences de Mestre Bimba ) était nouveau et préfigure des multiples académies qui vont se créer par la suite. La capoeira regional se distingue de la capoeira traditionnelle car Mestre Bimba y intègrera des éléments de « Batuque », une lutte africaine que pratiquait son père, et d’autres éléments venus d’arts martiaux étrangers pour en faire une lutte différente de la capoeira traditionnelle.

Un de ses souhait est aussi de nettoyer l’image de la capoeira en la dissociant du banditisme et des problèmes de délinquance de la société brésilienne de l’époque. Pour cela, il n’accepte dans son académie que des individus pouvant certifier d’un travail honnête : ainsi la première génération d’élèves se trouvent être majoritairement des jeunes blancs aisés et de bonne famille ce qui à l’époque était une forme de respectabilité.

En 1952 il réussit à attirer l’attention du président brésilien de l’époque, Getulio Vargas, et fera une démonstration à la suite de laquelle le président affirmera que la capoeira est le « véritable sport national ». C’est un des évènements qui permettra à la capoeira de sortir de sa clandestinité et de s’affirmer de nos jours comme la seconde activité sportive la plus pratiquée par les brésiliens après le football.

Totalement à contre pied de Mestre Bimba, Vicente Ferreira Pastinha plus connu comme Mestre Pastinha incarnera le courant qui souhaite conserver dans une certaine mesure la capoeira traditionnelle, elle s’appellera « Capoeira Angola ».

La Roda

La principale caractéristique de la capoeira est la roda, elle en est la parfaite illustration. La roda (ronde en français) est la ronde que forment les capoeiristes lors des confrontations qui sont appelées « jeux ».

Elle met en scène tous les aspects de la capoeira : l’aspect martial avec ses combats et l’aspect artistique avec les « floreis » (acrobaties), les chants et les instruments typiques de la capoeira. Le jeu symbolise le combat, l’expression corporelle et la conversation non verbale entre les deux partenaires. Cette ronde, qui délimite l’espace de jeu, sert surtout à créer une ambiance propice au spectacle. En effet, cette roda crée, par ses chants et ses rythmes brésiliens, une ambiance festive et chaleureuse qui « donne de l’énergie » aux capoeiristes qui s’affrontent au centre du cercle.

Dans une roda typique on retrouve les instruments traditionnels de la musique brésilienne suivants :

  • trois berimbau
  • deux pandeiro
  • un atabaque
  • un agogo.

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La personne qui tient le berimbau gunga (qui produit le son le plus grave) contrôle la roda. C’est elle qui décide du rythme de la musique et donc du type de jeu que doivent produire les capoeiristes au centre de la roda, et c’est elle qui décide du début et de la fin de la roda.
Dans la Capoeira Angola, la composition la plus fréquente est :

  • trois berimbauq
  • deux pandeiro
  • un atabaque
  • un reco-reco
  • un agogo

Il existe deux styles bien distincts : Angola et Regional. La Capoeira Angola est la capoeira traditionnelle telle qu’elle fut nommée par Maître Pastinha qui souhaitait conserver les coutumes ancestrales qui y étaient associées en réponse à la création de la capoeira Regional par Maître Bimba qui, lui, souhaitait affranchir cet art de tout ce qui pouvait le rendre moins efficace en combat.

Le capoeiriste qui chante influe également sur le « jeu » (jogo) produit au centre de la roda. En effet, les chants qui accompagnent le rythme des instruments sont souvent porteurs de sens : ils racontent une histoire qui met en avant certaines valeurs ou simplement des caractéristiques de jeu qu’il faut essayer de reproduire dans la roda. Un bon capoeiriste doit savoir interpréter le rythme et les chants afin de produire un jeu qui corresponde, c’est-à-dire adapter sa vitesse et ses mouvements au rythme des instruments et mettre en pratique les valeurs ou caractéristiques de jeu dont il est question dans les chants. Par exemple un jeu plein de malice (mandinga), ou d’acrobaties, ou encore de mouvements d’animaux.

Le démarrage de la roda suit un rituel précis. Une fois la ronde formée, deux capoeiristes viennent s’accroupir au pied du berimbau central et patientent. C’est à ce moment que les instruments entrent en action dans un ordre bien précis : le berimbau central commence seul, ensuite les deux autres l’accompagnent, puis c’est au tour de l’atabaque, ensuite le pandeiro et enfin l’agogo. Quand tous les instruments sont en action, un capoeiriste commence à chanter : il chante seul les couplets et la ronde entière reprend les refrains en chœur. Et c’est uniquement lorsque la roda chante le premier refrain que les deux capoeiristes qui étaient en attente peuvent commencer à « jouer ». Ensuite, les autres capoeiristes peuvent prendre la place d’un des deux protagonistes en passant au préalable s’accroupir au pied du berimbau central.

Les différents jeux de Capoeira

Ils existent différents jeux de capoeira et chaque jeu comporte des caractéristiques propre, mais quel que soit le jeu on y retrouve l’esprit d’anticipation des mouvements du partenaire.Les principaux jeux sont : JOGO DE BENGUELA : est un jeu proche du sol, fluide et très technique, ou l’on va rechercher à trouver les ouvertures et ainsi marquer son partenaire (cabeçada, rasteira….) sans perdre la continuité du jeu. En fonction des grades il existe différents niveaux de Benguela JOGO DE SAO BENTO GRANDE : ce jeu a une approche plus martiale, basé sur le jeu de feintes, de coups de pieds, de déplacements, de marquages (balayages, ciseaux, saisie du coup de pied), tout en intégrant les floreios (acrobaties) et passages brefs au sol. C’est un jeu où le capoeiriste devient un lutteur, un athléte, dans lequel on retrouvera l’explosion, la vitesse, la vison du jeu, les réflexes…..JOGO DE IUNA : jeu artistique où le capoeiriste va essentiellement prouver sa maitrîse des acrobaties, tout en respectant la technique, et garder un échange dans le jeu ; en effet avec son partenaire le jeu ne doit pas se transformer en solo, mais bien correspondre au mouvement de celui-ci. Il n’est pas nécessaire de faire des saltos ou autres d’acrobaties aériennes pour pouvoir faire ce type de jeu, la continuité et la propreté technique des mouvements suffisent. JOGO DE ANGOLA : jeu traditionnel qui est joué à partir de Graduado (gradé-corde bleue) dans notre école. On retrouve dans ce jeu plus d’expression corporelle, de ruse et de malice.il existe d’autres jeux tels que le jeu de Santa Maria ou Amazonas.

Le Batizado

Le Batizado est le passage de grade. Il signifie « baptême ». Il clôt généralement une semaine de stage (ou moins), avec l’intervention de personnes gradées venues de tout le globe. Un Mestre doit être présent. Entre chaque niveau, il y a de petits spectacles de danse, de chants, de musique… préparés par les élèves, ou des démonstrations de capoeira avec les professeurs, instructeurs

Les élèves sont appelés par leur nom de capoeira. Ensuite, un par un, ils jouent avec l’un des professeurs, jusqu’à être mis à terre, afin d’être intronisés dans le monde de la capoeira, et ainsi recevoir leur première corde. Une fois que tout le monde de même niveau est passé, les élèves jouent entre eux. Puis on leur remet leur corde, équivalente – par analogie – à une ceinture dans d’autres arts martiaux.